alaune Politique

Prix du carburant – L’excès de gel

Les pétroliers prix au dépourvu

Andry Rajoelina engage un bras de fer ‡ líissue incertaine avec les pÈtroliers. Au centre 
des surenchËres líapplication ou non de la vÈritÈ 
des prix du carburant

Les pétroliers, toutes professions confondues, ont appréhendé avec une certaine angoisse, le retour d’Andry Rajoelina au pouvoir. Ils n’ont pas exprimé leur crainte mais le passé récent justifiait leur inquiétude. Car, durant la Transition, à la tête d’un régime non reconnu par la communauté internationale, Andry Rajoelina a pu bloquer les prix du carburant pendant des mois. Il a pu agir ainsi, grâce aux manigances orchestrées par le ministre de tutelle de l’époque, Mamy Ratovomalala, devenu un proche du HVM depuis, par l’absence des relations avec les bailleurs de fonds traditionnels.

Son souci principal a été de préserver intacte sa popularité. Il ne voulait pas qu’une spirale inflationniste se déclenche à partir des hausses à répétition  des prix à la pompe. Le régime transitoire faisait aussi face aux menées subversives des partisans de Marc Ravalomanana,- manifestations quotidiennes au Magro Behoririka, attentats à la bombe artisanale- une flambée des prix du carburant aurait mis le feu aux poudres et sonné le glas de la Transition qu’il souhaitait  étendre dans le temps et dans l’espace.

 

FAILLITE

 

Ces mesures conservatoires ont été saluées à leur juste valeur  par les automobilistes. Mais elles ont eu des effets et méfaits destructeurs  chez les gérants des stations-services. Par la réduction de leurs marges, beaucoup parmi eux n’avaient plus un fonds de roulement suffisant pour couvrir leurs charges d’exploitation. Ils étaient contraints de comprimer l’effectif déjà réduit de leur personnel. Des pompistes retenus, par exemple, ont fait des heures supplémentaires, sans être rémunérés. Tout heureux qu’ils étaient d’avoir pu garder leurs postes de travail durant ces temps difficiles.

Dans la foulée, ces gérants ont perdu de leurs crédibilité auprès de leurs banques. La plupart ont préfére abandonner la partie, poussés vers le précipice de la faillite inéluctable. Il est à souligner que ces gérants ne sont pas, au contraire des fausses idées reçues, des employés des sociétés pétrolières de distribution. Ils sont des opérateurs, sinon des commerçants, comme tant d’autres. Leur survie  dépend de la préservation, au moins,  de leur marge bénéficiaire.

Aujourd’hui, Andry Rajoelina devenu président de la République adoubé par le monde entier, ne se contente plus de geler ces prix de la discorde. Il impose qu’ils soient revus à la baisse. Lors de la célébration des cents  jours de sa présidence au Palais des sports et de la culture de Mahamasina, dans un « one man chaud » dont il a le secret, il a fait un long exposé, des chiffres à l’appui,  sur le différentiel des coûts du carburant.

Pour arriver à une conclusion ou une déduction que les pétroliers réalisent des énormes profits sur le dos des consommateurs. Il a précisé que ceux-ci gagnent cent vingt dollars par tonne métrique, contre cinquante six à l’île Maurice. Les accusés ont réagi, pour une fois, par un communiqué de presse, adressé à la Banque mondiale, avec le passage de son président, David Malpass en visite officielle à Madagascar. Les incriminés affirment n’avoir pas pu exprimer leurs points de vue sur l’étude en question, menée par la Banque mondiale, dont les traits essentiels ont été dévoilés en public par Andry Rajoelina. Les pétroliers n’envisagent pas pour autant  de cesser leurs activités. Une psychose sur une éventuelle pénurie  a déjà été ressentie dans la ville, suite à ces invectives par médias interposés. Andry Rajoelina a promis de tenir une réunion avec les concernés. Mais des interrogations se posent autour de ces pourparlers.

D’abord, l’État, au regard de la loi sur la privatisation du secteur des hydrocarbures, a-t-il encore un droit de regard sur le mécanisme de fixation des prix du carburant ? La Transition, sans « l’ingérence » des bailleurs de fonds, a pu passer outre ces dispositions qui cantonnent les rôles de l’État à la régulation, à la normalisation, et au contrôle du marché à travers l’Office malgache des hydrocarbures, OMH. Mais Andry Rajoelina, qui a fait de sa popularité une obsession presque maladive, à quelques encablures des législatives, a besoin d’un coup d’éclat pour faire bonne figure devant les électeurs qui ont eu le temps de le juger et de le jauger sur ses premiers actes. Il ne peut plus faire campagne sur le terrain en faveur des candidats de l’IRD, il entend obtenir des retombées politiques positives de ses décisions par ricochet. Pourquoi, les pétroliers ont-ils accusé des pertes financières par ce statu quo ?  à priori, non. Les nouvelles stations-services poussent comme des champignons. Il suffit de faire un détour du côté du By-Pass  pour s’en convaincre. Des constructions nécessitant des milliards d’ariary d’investissement. Deux d’entre elles sont aussi passées au rebranding. Un changement de look tout aussi coûteux.

 

COMBINE

 

Ensuite, ils refusent de proposer « une variété des prix ». Arguant qu’ils sont soumis aux mêmes conditions d’achat, au même régime fiscal, devenir concurrents pour eux passerait pour  une « incongruité ». D’autant que par la précarité du pouvoir d’achat, selon leurs explications, une différence affichée d’un ariary peut être déterminante dans le  choix des clients. D’où ce « deal » tacite. Par contre,  ils s’affrontent  sur la qualité des services. Car, une large part de leur chiffre d’affaires se réalise avec les « produits blancs ». Les ventes dans les boutiques ont une valeur accessoire.

Enfin, il s’agit pour l’État d’une ressource financière intarissable, facile à récupérer puisqu’aucune échappatoire ne s’offre aux contribuables. Par litre vendu, il encaisse  ce qui lui revient de droit. Le gouvernement d’Olivier Mahafaly a augmenté les Taxes uniques sur les produits pétroliers pour satisfaire davantage les bailleurs de fonds, toujours attentifs sur le niveau du taux de pression fiscale de Madagascar, l’un des plus bas en Afrique, rapporté au Produit intérieur brut, PIB. Désormais, sous les yeux des bailleurs de fonds, Andry Rajoelina, emporté par l’enthousiasme de sa victoire à la présidentielle, en quête d’une majorité à l’Assemblée nationale, a-t-il le droit d’aller à l’encontre des règles de l’orthodoxie financière internationale, si précieuses pour ses « partenaires  particuliers » ?  Comment va-t-il faire pour sortir de ce quadrature du cercle…

 

Par Eric Ranjalahy / Photo L’Express de Madagascar