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Andry Rajoelina – Le mal de maire

Andry Rajoelina mise plutôt sur les gouverneurs des régions pour rendre effective la décentralisation fictive. Le report de fait des municipales atteste cette option controversée.

Développer le pays à partir de la base. Combien de fois n’entend-on pas cette profession de foi mais l’initiative reste au stade des bonnes intentions. À titre d’il- lustration, Hery Rajaoanarimampianina a présidé les inaugurations des Écoles primaires publiques, les infrastructures communales, ne laissant pas ce privilège et ce plaisir aux maires concernés. Si un tel détail a été confiné et réquisitionné par le président de la République, il est difficile de croire qu’il lâche d’autres prérogatives aux élus locaux. Le statut particulier pour la capitale, Sainte-Marie et Nosy-Be, acquis depuis des années, n’a pas été suivi de décrets d’application. Chemin faisant, les municipales organisées par le HVM ont laissé un goût amer au travers de la gorge d’Andry Rajoelina. Le ministre de l’Intérieur et de la décentralisation de l’époque, Olivier Mahafaly a réussi le tour de force de faire élire la majorité des candidats du pouvoir.

Allégeance

À quelques exceptions près, comme Lalao Ravalomanana dans la capitale ou Élysée Ratsiraka à Toamasina, les mairies étaient tombées dans l’escarcelle du HVM. Pour la première ville du pays, c’était une défaite personnelle d’Andry Rajoelina qui a fait campagne au profit de la candidate Lalaiana Rakotondrazafy, l’actuelle ministre de la Communication et de la culture. Dans l’ensemble, les victoires du HVM lui ont offert sur un plateau d’argent la majorité au Sénat via les grands électeurs. Alors que les députés mutants de l’Assemblée nationale ont fait acte d’allégeance au régime HVM.

Ce qui a permis à ce parti sans idéologie claire mais possédant un arsenal financier impressionnant d’avoir la main-mise sur les deux Chambres du Parlement jusqu’au 21 avril 2018 où tout à basculé en faveur des opposants. Olivier Mahafaly, a pu user et abuser des prérogatives de puissance publique.

La neutralité de l’administration n’était pas encore à la mode. Encore moins la plaque rouge pour les véhicules administratifs. La bande sonore de l’ordre qu’il a donné à un maire, diffusé sur Youtube a fait le buzz sur les antennes des radios privées pro-Andry Rajoelina. Que cela ne tienne, Olivier Mahafaly a été promu Premier ministre par Hery Rajaonarimampianina afin de lui préparer le lit d’un second mandat présidentiel. En vrai professionnel des activités manipulatrices. Pourtant, Olivier Mahafaly a été très mal vu par les instances de l’église catholique malgache. Il a été soupçonné d’être le fer de lance de l’islamisation du pays.

Coïncidence fortuite ou inquiétude avérée, des vols de clochers, des viols de religieuses, des autodafés des bibles achetées à prix d’or, ont alimenté les rubriques des faits divers des quotidiens. Sans que l’implication d’Olivier Mahafaly ait été établie. Hery Rajaonarimampianina en a eu pour son grade lors de la béatification de Lucien Botovasoa le 16 avril 2018 à Vohipeno. Privé de pupitre, il a été brocardé par l’assistance qui, dans la foulée, a ova- tionné Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, interdits de sortie politique à travers le pays.

Implication

Le verdict de la Haute cour constitutionnelle, HCC, du 25 mai 2018 saisie pour une seconde motion de requête en déchéance du président de la République, déposée par les « 73 députés pour le changement » exigeant l’émergence d’un gouvernement de consensus et l’éviction d’Olivier Mahafaly, a mis fin à cette période d’incompréhension et de malentendu. L’église catholique, sans le dire, s’en réjouit.

La prochaine visite du pape François témoigne de cette relation apaisée entre le Vatican et la Grande île. Les deux catholiques, chefs de l’exécutif ont plus que rassuré le Saint-Siège. Se sentant lésé par une telle injustice, sacrifié sur l’autel des calculs politiques mal- sains, Olivier Mahafaly, plus par dépit que par conviction, a décidé de se mesurer à Hery Rajaonarimampianina à la présidentielle.