Culture

Jocelyn rajaomahefarison – Traits particuliers

Autodidacte et ayant fait ses premières œuvres dès l’âge de 15 ans, Jocelyn Rajaomahefarison est un artiste qui a perfectionné son savoir-faire tout au long de sa vie jusqu’à sa mort. Il est parti le 13 mars, laissant derrière lui un palmarès marqué par plus d’une centaine de tableaux et d’innombrables livres de bandes dessinées

un bédéiste. C’était avant tout Jocelyn Rajaomahefarison . De son vivant, il a fait paraître chaque mois, des numéros de plusieurs œuvres titrées. Avec le temps, la publication de chaque œuvre s’est étalée jusqu’à dix mois, faisant en somme une histoire à dix épisodes. Or en même temps, d’autres histoires dessinées par Jocelyn Rajaomahefarison se tramaient et finissaient par tomber entre les mains du public. D’imaginations en imaginations, Jocelyn Rajaomahefarison n’a pas économisé son crayon pour aller au bout de ses rêves. On peut dire qu’il est devenu le génie de son temps sans avoir jamais pu bénéficier d’une reconnaissance honorifique. Il a produit plusieurs livres de bande dessinée et des peintures murales. Ses tableaux constituent les vestiges d’un talent dissimulé que les amateurs d’arts ne découvrent que maintenant.
Un métier. Pour Jocelyn Rajaomahefarison, être peintre et dessinateur a été plus qu’un métier, c’est devenu à la longue une carrière. De 15 ans à 60 ans, âge de sa mort, Jocelyn Rajaomahefarison n’a cessé de dessiner et de peindre. Il n’était pas un showman et n’attendait pas les festivals pour se mettre au travail.
Sa vie entière a été pour lui consacrée au dessin et à la peinture. Père de famille, il a su transmettre à ses enfants l’amour de la peinture et du dessin. Jocelyn Rajaomahefarison a pu produire au total ses centaines d’œuvres car il s’est abstenu d’exercer une activité professionnelle au profit du développement de son talent. Ses tableaux reflètent un travail minutieux, lequel était un combat pour la révélation de l’art au moment où la mondialisation fait rage et anéantit les formes véritables des talents naturels.

atambo
Une contribution à l’Histoire. Dans le livre de bande dessinée  « Atambo », Jocelyn Rajaomahefarison illustre en plusieurs pages un évènement marquant de l’Histoire de Madagascar: la grande marche populaire sur le Palais d’État d’Iavoloha, le 10 août 1991. Il a traduit en dessins les scènes les plus terribles de ce jour sanglant à l’aide d’Elisé Ranarivelo alors scénariste dans l’œuvre. Plus tard, les deux artistes ont eu la grâce de bénéficier du soutien du président de la République en personne, le Professeur Albert Zafy qui a préfacé le livre « Atambo ». Cette œuvre est le tableau vivant d’une période où la population faisait face au quotidien aux difficultés de la vie et se préparait ainsi à se soulever, alors qu’au même moment, les politiques se sont concertées pour l’avenir du pays. Etre artiste, c’est être témoin de l’Histoire et le génie de son temps qu’est Jocelyn Rajaomahefarison , laisse un héritage ineffaçable.
Un ami. Pour des personnes adeptes du troisième art, Jocelyn Rajaomahefarison a été l’incarnation de l’ouverture. « Il était une personne sociable, accessible à tous. Nous avons vécu ensemble l’amour pour le dessin dans la joie et dans la peine. Nous avons collaboré incessamment pour la production de certaines œuvres et jusqu’à sa mort, nous avons eu des projets pour l’avenir. J’ignore s’il s’agissait d’un pressentiment, ces derniers jours, je me suis mis à rassembler et à relire les œuvres que j’ai co-réalisé avec Jocelyn Rajaomahefarison. Tellement nous avons passé tant d’années à dédier notre vie au dessin surtout pendant l’âge d’or de la bande dessinée malgache entre 1990 et 1995. Nous avons voyagé ensemble, partagé des moments ensemble, et cela autour de la passion partagée pour le dessin. Jocelyn Rajaomahefarison a également eu le don pour la peinture ; quelques tableaux qu’il a conçus font le décor mural de mon appartement familial. Derrière sa personnalité discrète s’est évolué un talent qui frôle la perfection. Ses œuvres resteront à jamais l’emblème d’une vie consacrée à l’art », témoigne Elisé Ranarivelo, contemporain, ami, et collaborateur de Jocelyn Rajaomahefarison.

Textes et photos : Tsiory Fenosoa Ranjanirina